Jusqu’à présent au pays du Cognac, on ne produisait que du cognac. Et puis en 2006, une vodka "Dragon Bleu" est née en Charente, suivie de ses petits "Dragon Bleu Vodpepper" au poivre de Penia et "Dragon Bleu Vodmuska" au jus naturel de muscat et macération de fleurs. De fabuleuses eaux de vie imaginées par un couple détonnant : Pascaline, originaire de Lille, et son mari Patrick Brisset, dont la famille produit du cognac depuis le XVIIIè siècle.
Une femme du Nord et un homme du Sud, c’est un beau mélange !
Pascaline : J’ai rencontré Patrick à l’école de commerce Sup de Co. Quelques années plus tard, nous nous sommes mariés et installés à Lyon. Patrick a intégré le Groupe Colas. De mon côté, j’ai rejoint la société de textile DMC au sein de laquelle j’ai pris en charge l’informatisation de la comptabilité et la gestion de production. Nous étions tous deux partis pour mener une belle carrière quand mon beau-père a proposé à ses fils de lui succéder au domaine familial à Cognac. Sur les trois, un seul souhaitait reprendre l’exploitation viticole : mon mari ! Passé l’étonnement, j’ai découvert qu’il caressait ce rêve en secret depuis longtemps. Par amour, j’ai alors eu envie de le réaliser à ses côtés...
Un virage à 160° ?
Oui, surtout pour une citadine comme moi. J’avais toujours vécu en ville et ne connaissais rien au monde rural ! C’était un changement de vie complet mais l’aventure et le défi me plaisaient. Par sécurité, Patrick a conservé son poste à Lyon et nous nous sommes installés à mi-distance, dans le Beaujolais, avec nos enfants Nicolas et Artus, alors âgés de 6 et 3 ans. Les premières années, j’ai repris seule la gestion de la propriété viticole, ce qui n’a pas été une mince affaire ! Le domaine était à l’abandon, les questions administratives se succédaient, sans parler des chefs de culture qui ne voyaient pas d’un bon œil ma venue et ne me facilitaient pas la tâche.
Comment vous-êtes vous débrouillée ?
En restant tenace. Mes compétences en compatibilité et gestion m’ont bien aidées. Puis j’ai passé un Brevet de Technicien Agricole (BTA) en viti-œnologie afin de maîtriser mon nouveau métier. Peu à peu, je me suis passionnée pour ce domaine né en 1660, dont l’activité reposait uniquement sur la vente de cognac au négoce et qui, pour la petite histoire, avait toujours été transmis par des femmes. Au bout de 3 ans, notre projet étant enfin mûr, Patrick a quitté son poste pour suivre l’Université des Eaux de Vie. Nous avons emménagé dans la propriété et, pour diversifier les cultures, j’ai eu l’idée de planter des noyers.
Vous avez débuté une nouvelle production ?
Pas vraiment celle dont nous avions imaginée à l’origine ! En décembre 1999, lorsque nous nous sommes installés, il y a eu cette fameuse tempête qui a ravagé une partie de la France. En une nuit, tous les arbres fruitiers ont été détruits. Les fêtes de fin d’année, qui coïncidaient avec mes 40 ans et nos 25 ans de mariage, ont eu un drôle de goût : plus de toit à notre maison, plus d’électricité, plus de cultures… Heureusement, ce soir-là, nous étions avec des amis. Le dîner s’est fait à la bougie et pour nous réchauffer le cœur, nous avons servi notre cocktail fétiche, à base de cognac, orange et curaçao. Comme tout le monde l’appréciait et nous le réclamait souvent, nous avons décidé quelques mois après de le lancer sur le marché, sous le nom "Orange Bleue". Une façon de poursuivre notre rêve, avec gaieté et une note acidulée.
Et le succès a été au rendez-vous ?
Disons… progressivement. A sa sortie en 2000, nous avons eu droit à une nouvelle tempête, cette fois en provenance des gens du cru ! Dans une région où le cognac est roi, notre cocktail en a agacé plus d’un. Mais très vite, il a conquis les amateurs d’apéritifs subtils et originaux. L’année de sa création, Orange Bleue a reçu la Mention spéciale du Jury au Concours Saveurs Poitou-Charentes. Cet accueil enthousiaste du public nous a encouragés à élaborer d’autres spiritueux qui nous tenaient à cœur, et en particulier une vodka distillée à la propriété.
C’est ainsi qu’est né Dragon Bleu ?
Avec flammes et plaisirs ! Dragon Bleu est le fruit d’une distillation de céréales (froment, orge, seigle) et d’eau de source de Charente, filtrée naturellement par les sols calcaires de la Grande Champagne (1er cru de Cognac). Nous ne distillons qu’une une seule fois – un signe de qualité – avec pour devise : "quand c’est bon, pourquoi re-distiller ?" Lancée en 2005, la vodka a reçu de nombreuses récompenses : une médaille d’argent au concours mondial de spiritueux de San Francisco en 2007 et 2008 ainsi qu’une médaille d’argent au concours "International Wine and Spirit Competition" de Londres en 2007. Devant son plébiscite, nous l’avons déclinée en créant Dragon Bleu Vodpepper, composée de vodka Dragon Bleu, d’eau de source de Charente et de sirop de poivre de Penja (Cameroun) et Dragon Bleu Vodmuska, composée d’un cocktail de vodka Dragon Bleu, de jus naturel de muscat et de macération de fleurs. Des variantes originales et très savoureuses.
Aujourd’hui, plus de tempête à l’horizon ?
Non, au contraire. Comme "Orange Bleue" dont le nom est inspiré d’un poème de Paul Eluard la terre est bleue comme une orange, les vodkas Dragon Bleu sont si délicates qu’elles ont trouvé leurs places parmi les spiritueux de la région. A l’image des eaux de vie élaborées à Cognac, elles ont des parfums et des arômes singuliers, uniques au monde.